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p. 143- « Quand par malheur une victime raconte qu'elle a pu s'en sortir et triompher de son épreuve, elle est aussitôt accusée de déni, ou d'arrangement avec l'agresseur, parce qu'elle brise le plaisir de se soumettre au mythe. »

p. 149- « L'effet papillon de la parole s'ajoute à l'identité narrative pour nous contraindre au récit [...] le simple fait de se préparer à parler allège la sensation que nous éprouvons de notre propre corps.  »

p. 152 - « La perte de la parole modifie la représentation du monde. Le malade redevient contextuel quand il ne peut plus évoquer l'ailleurs. Le sentiment de soi redevient proximal, collant au contexte sensoriel: sans paroles, mon corps redevient viande. »

p. 154 - « Tous les parleurs qui, au cours des millénaires, ont mis au point ce mot, pensaient déjà à la fonction protectrice du secret. L'âme d'un enfant est mieux protégée par le silence que par les explications qui voudraient le défendre. »

p. 167 - « Beaucoup d'enfants maltraités, dans l'instant même où ils reçoivent les coups et les humiliations, méprisent leur mère qui ne sait pas se contrôler. Mais quand ils révèlent la maltraitance à des adultes bienpensants qui poussent des cris d'horreur ou se délectent du récit de sa souffrance, l'enfant éprouve non seulement la honte de ne pas avoir une mère comme les autres, mais il se sent coupable de devenir à son tour l'agresseur, semblable à l'agresseur qu'il méprise. L'aveu se transforme alors en faute, et l'enfant se punit d'avoir fait punir sa mère. »

p. 169 - « Il ne suffit pas de dire son malheur pour que tout soit réglé. La réaction de celui qui entend le secret imprègne un sentiment dans le psychisme de celui qui se confie. C'est pourquoi le secret révélé peut aussi bien provoquer un soulagement qu'une torture. »

p. 178 - « L'écriture rassemble en une seule activité le maximum de mécanismes de défense: l'intellectualisation, la rêverie, la rationalisation et la sublimation. Elle permet en même temps de s'affirmer, de s'identifier, de s'inscrire dans une lignée glorieuse et surtout de se faire accepter tel qu'on est, avec sa blessure, car tout écrivain s'adresse au lecteur idéal. »

p. 183 - « [...] on devient adulte le jour où l'on fait ce qu'on a envie de faire, même si ça fait plaisir à nos parents » dit Paul Watzlawick.

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© Chak Benj

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