top of page
📖

p. 119 - « Le simple énoncé des évènements passés acquiert un effet de régulation affective, de communication euphorique si l'on partage les mêmes souvenirs [...] On éprouve une tendresse pour ceux avec qui on a partagé les mêmes épreuves. »
p. 134 - « [...] un beau parleur saura trouver les mots qui transforment la nausée cafardeuse de la mort bête en une épopée glorieuse qui n'a de sens que dans le récit. Ce faux témoin est adoré parce qu'il nous fait du bien en nous permettant de supporter le réel qu'il transfigure. »
p. 137 - « Nos souvenirs sont nécessaires pour construire notre identité narrative, nos oublis nous aident à donner cohérence au récit autobiographique, à ne pas trop souffrir ni entretenir la haine. »
p. 141 - « [...] l'ennemi de la vérité, ce n'est pas le mensonge, c'est le mythe! Nous nous méfions des mensonges et cherchons à les repérer, alors que nous adorons les mythes et demandons à nous y soumettre. »
p. 142 - « Puisque nous savons aujourd'hui que la mémoire est liée à l'émotion, cette donnée expérimentale implique que nous mettons en souvenirs des relations bien plus que des évènements. [...] Les moments amoureux et les évènements effrayants deviennent alors les clés de voûte de notre édifice biographique. Nous donnons à ceux qui nous affectent le pouvoir de nous marquer. »
p. 143- « Quand par malheur une victime raconte qu'elle a pu s'en sortir et triompher de son épreuve, elle est aussitôt accusée de déni, ou d'arrangement avec l'agresseur, parce qu'elle brise le plaisir de se soumettre au mythe. »
p. 149- « L'effet papillon de la parole s'ajoute à l'identité narrative pour nous contraindre au récit [...] le simple fait de se préparer à parler allège la sensation que nous éprouvons de notre propre corps. »
p. 152 - « La perte de la parole modifie la représentation du monde. Le malade redevient contextuel quand il ne peut plus évoquer l'ailleurs. Le sentiment de soi redevient proximal, collant au contexte sensoriel: sans paroles, mon corps redevient viande. »
p. 154 - « Tous les parleurs qui, au cours des millénaires, ont mis au point ce mot, pensaient déjà à la fonction protectrice du secret. L'âme d'un enfant est mieux protégée par le silence que par les explications qui voudraient le défendre. »
p. 162 - 163 - « [...] les proches des traumatisés dont ils partagent les émotions et dont ils éprouvent les souffrance sont souvent plus altérés que les blessés eux-mêmes [...] Le paradoxe de cette impressionnante découverte, c'est que le traumatisé est biologiquement mieux préparé au stress comme un champion entraîné à répondre aux épreuves. [...] Quant au proche du traumatisé, il s'attache à un champion vulnérable dont émane une fièvre émotionnelle qui imprègne ceux qui l'aiment. Le proche du blessé reçoit un stress sans visage, une agression sans forme qui vient de la personne d'attachement. [...] Il ne sait pas contre quoi se défendre, puisqu'il a l'impression que le mal vient de lui-même et sûrement pas de ceux qui l'aiment [...] Plusieurs milliers de jumeaux identiques ont été envoyés faire la guerre au Viêt-nam. [...] le jumeau qui n'a pas subi l'évènement traumatisant en souffre beaucoup plus que celui qui a dû l'affronter. »
p. 167 - « Beaucoup d'enfants maltraités, dans l'instant même où ils reçoivent les coups et les humiliations, méprisent leur mère qui ne sait pas se contrôler. Mais quand ils révèlent la maltraitance à des adultes bienpensants qui poussent des cris d'horreur ou se délectent du récit de sa souffrance, l'enfant éprouve non seulement la honte de ne pas avoir une mère comme les autres, mais il se sent coupable de devenir à son tour l'agresseur, semblable à l'agresseur qu'il méprise. L'aveu se transforme alors en faute, et l'enfant se punit d'avoir fait punir sa mère. »
p. 169 - « Il ne suffit pas de dire son malheur pour que tout soit réglé. La réaction de celui qui entend le secret imprègne un sentiment dans le psychisme de celui qui se confie. C'est pourquoi le secret révélé peut aussi bien provoquer un soulagement qu'une torture. »
p. 178 - « L'écriture rassemble en une seule activité le maximum de mécanismes de défense: l'intellectualisation, la rêverie, la rationalisation et la sublimation. Elle permet en même temps de s'affirmer, de s'identifier, de s'inscrire dans une lignée glorieuse et surtout de se faire accepter tel qu'on est, avec sa blessure, car tout écrivain s'adresse au lecteur idéal. »
p. 183 - « [...] on devient adulte le jour où l'on fait ce qu'on a envie de faire, même si ça fait plaisir à nos parents » dit Paul Watzlawick.

bottom of page